samedi 3 janvier 2015

Une poésie de Catherine Balaÿ, "Tous les sens"

Tous les sens

Je suis allée promener le chien, ce matin, mon chéri. Je suis restée dans un grand fauteuil à écouter de la musique. Tu n’étais pas là. Dans notre maison. Tu travaillais. J’écoutais de la musique.
Dans tous les sens, mon amour. Dans tous les sens, dans tous les coins. L’amour-passion, l’amour-désir, l’amour-charnel, l’amour trésor et cocon, et risqué aussi. L’amour qu’on se cocoone. L’amour sous toutes ses formes. Sur tous les points. Faire le point, la balance, entre ce qui colle et ce qui ne colle pas.

J’ai décidé de préparer à manger. J’ai mis du temps à me décider. Tu es arrivé. Enfin ! tu as râlé, contre le temps, contre les grèves, contre ton patron, ce con. Moi, le repas préparé, j’étais dans mon boudoir à parcourir mon corps d’encens. Parce que, de baumes, tu ne le caresses plus.
Tu as allumé la télé.

Dans un sens, mon amour, je me balance entre solitude parfumée et repas communs vides de sens. Dans tous les sens, mon amour… Je parcours le problème dans tous les sens. J’aimerais tout. La même longueur d’onde partout. 

J’accepterais moins, même. Mais au moins l’essentiel. L’essentiel, ça n’y est pas. On est un couple dans une maison. La balance penche du côté moins zéro.

Je m’enfonce dans mon lit. Je ne sais plus l’odeur de ta main sur mon ventre. Cette irrigation. Un bon bouquin. Mais la vue se brouille. Tu râles encore, un dernier coup, en haut dans le salon : j’ai dû mal ranger quelque chose. Quand tu descendras, je ferai mine de dormir. Tu me reprocheras quand même – il semble qu’il faut que ça sorte, même si je me la joue au bois dormant. Je serrerai mon oreiller. Ma main. Puis je mettrai l’oreiller sur mon ventre. Pour me réchauffer.

Dans tous les sens, dans quelque sens que j’aille, j’ouvre la bouche mais aucun son ne te touche. Je demande mais aucune requête n’éclôt. C’est quelque chose dans une maison. Sans mon rein balancé par ton rein.
C’est quelque chose. Ça doit bien être quelque chose. C’est quelque chose, ça doit bien être quelque chose.
Je cherche dans tous les sens, mais ça n’a plus de sens. Je cherche. Dans tous les sens. Mais ça n’a plus de sens.

Extrait du recueil Nue
illustré par Sophie Thibaudat

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